Votre enfant a une notification AESH en bonne et due forme, mais en classe, l’accompagnement ressemble à une présence passive, voire inexistante.
Ce paradoxe est vécu par des milliers de familles chaque année – et il a un coût réel sur la scolarité des élèves concernés. Voici ce que vous pouvez faire concrètement.
Quelles sont les obligations légales d’une AESH envers votre enfant?
Les missions d’une AESH ne sont pas laissées à l’appréciation de chacun. Elles sont définies précisément dans le projet personnalisé de scolarisation (PPS) de votre enfant, ainsi que dans le GEVA-Sco, le document d’évaluation de ses besoins. C’est ce cadre qui fait loi.
Concrètement, quelles sont les obligations d’une AESH? Elle doit accompagner l’élève dans trois domaines principaux :
- Les actes de la vie quotidienne à l’école (déplacements, repas, hygiène si nécessaire)
- Les activités d’apprentissage en classe, en lien direct avec l’enseignant
- Les activités de la vie sociale et relationnelle avec les autres élèves
La mission centrale reste de favoriser l’autonomie de l’élève, sans se substituer à lui. Une AESH qui fait les exercices à la place de l’enfant est autant hors cadre qu’une AESH qui reste passive.
Avant même de prendre son poste, une AESH doit avoir suivi au minimum 24 heures de formation. La formation totale obligatoire est de 60 heures d’adaptation à l’emploi, selon les textes de l’Éducation nationale.
Elle est aussi soumise à une obligation de discrétion professionnelle concernant les informations médicales et personnelles de l’élève.
Comment reconnaître une AESH qui ne remplit pas ses missions?

Un accompagnement défaillant ne se résume pas à une AESH qui « ne fait rien ». Les signes sont parfois plus subtils. Voici les signaux concrets qui doivent vous alerter :
- L’AESH est physiquement présente mais ne communique pas avec votre enfant pendant les activités
- Votre enfant dit ne jamais recevoir d’aide quand il ne comprend pas
- L’AESH interagit principalement avec d’autres élèves ou l’enseignant, pas avec votre enfant
- Aucune adaptation du cours n’est proposée, même quand le PPS le prévoit
- Votre enfant régresse ou stagne alors que des progrès étaient attendus
- L’AESH réalise les tâches à la place de l’enfant, ce qui freine son autonomie
- Les temps périscolaires prévus dans le PPS (récréation, cantine) ne sont pas couverts
La distinction entre une AESH débordée et une AESH négligente est réelle. Certains accompagnants gèrent plusieurs élèves en même temps dans le cadre d’un PIAL – ce qui peut mécaniquement réduire le temps consacré à votre enfant.
Mais même dans ce cas, les missions définies dans le PPS restent opposables. Gardez une trace écrite. Un carnet de bord avec dates et faits précis sera votre meilleur allié si vous devez escalader le problème.
Qu’est-ce qu’une bonne AESH et comment évaluer son travail?
La question mérite une réponse claire : qu’est-ce qu’une bonne AESH, concrètement? Ce n’est ni la plus douce, ni la plus présente physiquement. C’est celle qui travaille à se rendre progressivement moins nécessaire.
Une AESH efficace adapte son niveau d’intervention selon les moments. Elle aide activement quand l’élève est bloqué, elle s’efface quand il avance seul. Cette posture d’étayage progressif est au cœur du métier.
Elle travaille aussi en lien constant avec l’enseignant, pas en parallèle. Elle connaît les supports utilisés en classe, anticipe les moments difficiles pour votre enfant, et ajuste ses interventions aux objectifs pédagogiques fixés. Ce n’est pas un accompagnement improvisation.
Pour évaluer le travail d’une AESH, vous pouvez vous appuyer sur ces critères concrets :
- Les aménagements prévus dans le PPS sont-ils effectivement mis en place?
- L’AESH participe-t-elle aux équipes de suivi de scolarisation (ESS)?
- Y a-t-il une évolution visible de l’autonomie de votre enfant sur l’année?
- L’enseignant et l’AESH communiquent-ils régulièrement sur les besoins de l’élève?
Conflit entre l’AESH et l’enseignant : qui a la responsabilité?

Le conflit AESH enseignant est une situation plus fréquente qu’on ne le pense, et ses conséquences tombent toujours sur l’élève. La ligne de partage des responsabilités est pourtant claire dans les textes.
L’enseignant est le responsable pédagogique. C’est lui qui organise l’intervention de l’AESH dans sa classe, en cohérence avec le PPS. Il décide comment, quand et sur quoi l’AESH intervient. L’AESH ne peut pas s’y substituer, ni outrepasser ce cadre de sa propre initiative.
En revanche, l’AESH ne dépend pas hiérarchiquement du directeur d’école ni de l’enseignant pour son contrat.
Elle est placée sous l’autorité du DASEN (Directeur académique des services de l’Éducation nationale). Le directeur d’école ne peut pas lui imposer des tâches hors de ses missions officielles.
Quand un désaccord éclate entre les deux, c’est l’enseignant référent de votre enfant qui doit être saisi en premier. Son rôle est précisément de coordonner les acteurs autour du parcours de l’élève et de résoudre ce type de friction.
Où se plaindre d’une AESH inefficace : les étapes à suivre?
Vous avez identifié un problème réel. Voici le parcours à suivre, dans l’ordre, sans brûler les étapes – chaque niveau documenté renforce votre dossier pour le suivant.
| Étape | Interlocuteur | Action |
|---|---|---|
| 1 | Enseignant référent / coordinateur PIAL | Signaler les manquements par écrit, demander une réunion |
| 2 | Cellule école inclusive | Appeler le 0805 805 110 (numéro gratuit) pour signaler la situation |
| 3 | Inspecteur ASH | Saisir par courrier avec les éléments documentés |
| 4 | Inspection académique (DSDEN) | Mettre en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception |
À chaque étape, envoyez vos signalements par écrit – mail ou courrier. Une conversation orale ne laisse aucune trace exploitable. Conservez tous les accusés de réception.
Si vous n’obtenez pas de réponse satisfaisante après la mise en demeure, vous entrez dans le territoire des recours juridiques. Ce n’est pas une menace en l’air : l’Éducation nationale a une obligation de résultats sur l’accompagnement des élèves en situation de handicap.
Peut-on saisir la justice si l’accompagnement AESH est insuffisant?

Oui. Et ce recours est plus accessible qu’il n’y paraît. Plusieurs voies sont ouvertes selon l’urgence de votre situation.
Si votre enfant subit une scolarité fortement dégradée sans que les autorités académiques réagissent, vous pouvez saisir le tribunal administratif pour faire reconnaître la responsabilité de l’État.
L’objectif : obtenir réparation du préjudice subi par votre enfant en raison d’un accompagnement insuffisant ou absent.
En cas de déscolarisation effective – votre enfant ne peut plus aller à l’école faute d’accompagnement – le référé-liberté est l’outil le plus rapide.
Il s’agit d’une procédure d’urgence devant le tribunal administratif, avec une audience dans les 48 heures. Elle a déjà permis à des familles d’obtenir une réponse en quelques jours.
Ces démarches sont facilitées si vous avez suivi les étapes précédentes et gardé une trace écrite de chaque échange. Un dossier solide, c’est la différence entre une demande recevable et un recours classé sans suite.
Combien d’élèves restent sans AESH malgré une notification officielle?
Le problème de l’AESH qui ne fait rien prend une autre dimension quand on regarde les chiffres globaux. Selon le syndicat SE-Unsa, à la rentrée 2025, 48 726 élèves notifiés pour un accompagnement AESH n’avaient toujours pas de solution – soit un élève sur sept parmi ceux qui y ont droit.
Ce chiffre représente une hausse d’environ 35 % en un an. Il s’inscrit dans un contexte où le nombre d’élèves en situation de handicap scolarisés en milieu ordinaire a été multiplié par trois depuis 2006, passant de 155 361 à 436 085, selon la Cour des comptes.
Les AESH sont pourtant déjà le deuxième métier de l’Éducation nationale, avec plus de 128 000 personnes concernées. La tension entre l’augmentation des besoins et les moyens réellement déployés est documentée et chiffrée – ce n’est pas une impression de parent isolé.
Comprendre ce contexte ne doit pas vous décourager d’agir. Au contraire : l’État a une obligation légale, les textes sont de votre côté, et chaque signalement documenté pèse dans la balance.
Un enfant qui n’a pas son AESH – ou qui en a une qui ne fait rien – est un enfant dont le droit à la scolarité est lésé. Ce n’est pas une situation à accepter en silence.